Je ne connaissais même pas l'existence de Wallis. Une offre d'emploi, deux désistements, des amitiés précieuses… et l'endroit où j'ai commencé à me reconstruire.
Je ne vais pas vous raconter de sornettes : avant d’y venir, je ne connaissais même pas l’existence de Wallis-et-Futuna. Ce n’était donc pas une destination dont je rêvais, ni un endroit où j’avais imaginé m’installer. Ma découverte de Wallis a commencé par une offre d’emploi, alors que j’étais encore au Maroc.
L’annonce était alléchante. J’ai postulé, passé un entretien, puis appris que ma candidature n’avait pas été retenue. L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Mais neuf mois plus tard, Mathieu, le DG, m’a appelé : les deux personnes retenues avant moi s’étaient désistées. Mon tour était venu. La « roue de secours », comme je le raconte avec un sourire, allait finalement prendre la direction de Wallis. J’ai accepté sans vraiment savoir quelle vie m’attendait là-bas.
Dans ce recrutement, il y avait aussi Corinne, la matriarche de GI, comme j’aime l’appeler. Je crois qu’elle avait écarté ma candidature lors du premier entretien, même si je n’en ai jamais eu la certitude. Le retournement de situation avait donc quelque chose d’ironique ! Elle a depuis pris sa retraite.
Une fois sur place, il m’a fallu découvrir un territoire dont je ne savais rien : les paysages, le lagon, la lumière, mais aussi les habitudes, les relations et le rythme du quotidien.
Tout était nouveau pour moi. J’apprenais à connaître les lieux tout en prenant mes marques au travail. Peu à peu, cette île a cessé d’être un simple nom sur une carte pour devenir mon cadre de vie.
Les personnes rencontrées ont beaucoup compté dans cette découverte. Il y avait Samira, la fêtarde, qui n’est pas restée longtemps à Wallis, mais qui a laissé de sacrés souvenirs. Et puis il y a Bertrand, un frère de route. Nous avons en commun l’Afrique et le Cameroun : lui y est né et a surtout vécu à Douala. Nos parcours sont différents, mais nos souvenirs se répondent. Avec lui, certaines ambiances et certaines expériences se comprennent sans avoir besoin de longues explications.
Je garde aussi le souvenir des soirées de délire à la Cave, avec Maryline, Samira et Bertrand. On discutait, on riait, on refaisait le monde. Ces moments m’ont permis de connaître chacun au-delà du travail et de me sentir entouré dans cette nouvelle vie.
Parmi ces souvenirs, il y a une soirée bien arrosée avec mes deux acolytes. Vers 22 heures, nous avions fini dans la piscine chez Maryline.
La suite est un peu plus nébuleuse dans ma mémoire, mais certaines images restent très nettes. En voulant faire une marche arrière avec la voiture, une roue est tombée dans un trou. Impossible de bouger !
Je revois encore Bertrand appuyer sur l’aile pour essayer de dégager la voiture. De mon côté, le stress montait : cela ne faisait même pas une semaine que j’avais cette voiture de service toute neuve ! Entre nos tentatives pour la sortir de là et mon inquiétude, la soirée avait pris une tournure inattendue. Aujourd’hui, ce souvenir me ramène aux moments joyeux, à l’insouciance et à la complicité de mes débuts à Wallis.
Cette période correspond aussi au moment où j’ai découvert la trahison de la femme que j’avais aimée au Maroc.
Derrière les rires et l’envie de profiter de la vie, je portais une profonde souffrance. Les amitiés, les discussions et les soirées partagées m’ont aidé à remonter la pente.
Il y a eu aussi des soirées plus sulfureuses, des attirances et des moments d’intimité. J’ai découvert des corps, des parfums, goûté à quelques nectars et retrouvé le plaisir de séduire autant que celui de me laisser séduire. Auprès de ces femmes, je me suis laissé aller, jusqu’à oublier ma peine pour un moment. Une présence, une caresse, la chaleur d’un corps me permettaient de retrouver de la légèreté et de me sentir à nouveau désiré.
Ces rencontres n’effaçaient pas ma blessure, mais elles m’ont aidé à la traverser. Certaines ont été passagères, d’autres ont laissé une empreinte plus tendre.
Je garde aussi le souvenir d’une visite à l’improviste, vers quatre heures du matin.
J’avais l’habitude de laisser ma porte ouverte, et l’une de ces femmes était venue me rejoindre avant le lever du jour. Pour justifier sa sortie si matinale, elle avait prétexté qu’elle allait préparer l’église avant la messe. Ce détour par chez moi reste un souvenir complice, que je raconte avec un sourire, en gardant pour moi le reste de cette parenthèse.
Je me suis assagi depuis, et je garde ces souvenirs avec gratitude et discrétion, par respect pour celles avec qui je les ai partagés.
Elles ne savaient pas toute la place que ces instants avaient dans ma reconstruction. J’en raconte davantage sur cette période douloureuse dans la partie « Mes côtés sombres ».
Mon attachement à Wallis s’est ainsi construit à travers les gens, mais aussi dans la découverte quotidienne de l’île.
Le lagon, l’océan, les changements de lumière et les couleurs ont progressivement nourri mon regard de peintre.
Je découvrais un autre environnement, auquel il me fallait être attentif, et de nouvelles sensations qui trouvaient peu à peu leur place dans mes toiles.
Après tant de voyages et de changements, j’ai ressenti le besoin de m’enraciner, de m’investir dans mon travail et de contribuer à la vie du territoire, tout en gardant une place pour la création.
Cela s’est fait au fil du temps, à travers les journées ordinaires, les amitiés et les habitudes qui s’installent.
Je n’avais pas prévu de venir à Wallis. Il a fallu une annonce, des désistements, pour rendre ce départ possible. Puis il y a eu la découverte de l’île et les rencontres qui m’ont aidé à avancer.
Ce territoire dont j’ignorais l’existence est devenu le lieu d’une nouvelle étape de ma vie, celui où j’ai commencé à me reconstruire et où, peut-être, je finirai mes jours.