Pierre Gino.

Artiste peintre · huile au couteauPainter · palette-knife oils

Pierre Gino

Spatules, pinceaux et huile sur toile : je transpose l'irréel vers le réel, en mouvement et en couleur.Palette knives, brushes and oil on canvas: I bring the unreal into the real, through movement and colour.

L'Acacia et le soleilHuile sur toileOil on canvas

20 toiles20 canvases

Les tableauxThe paintings

Ces toiles ne sont pas à vendre : elles sont une part de moi, et cette exposition est simplement un partage. Lire mon motThese paintings are not for sale: they are a part of me, and this exhibition is simply a way of sharing. Read my note

Perdez-vous dans le labyrintheLose yourself in the labyrinthUn labyrinthe d'exposition en 3D : avancez de couloir en couloir, cliquez sur une toile pour la voir en grand… et trouvez ce qui vous attend en son cœur.A 3D exhibition labyrinth: walk from corridor to corridor, click a canvas to see it up close… and find what awaits you at its heart.

Entrer dans le labyrinthe 3DEnter the 3D labyrinth →

Mes toiles, une part de moiMy paintings, a part of me

Ces toiles ne sont pas à vendre, et elles ne le seront probablement jamais. Elles représentent bien plus que de simples peintures. Chacune d'elles est une partie de moi, un fragment de mon imagination, de mes pensées, de mes émotions et parfois même de mes silences.

À travers les couleurs, les formes, les ombres et les coups de pinceau, je cherche à exprimer ce que les mots ne parviennent pas toujours à raconter. Certaines toiles sont nées d'un souvenir, d'autres d'une émotion, d'un rêve ou simplement d'une inspiration du moment. Elles sont le reflet de mon regard sur le monde, de ma sensibilité et de cette liberté que je trouve lorsque je crée.

Je ne peins pas pour plaire, encore moins pour vendre. Je peins avant tout pour moi, pour le plaisir de donner vie à ce qui existe dans mon esprit. Chaque tableau porte quelque chose de personnel, une histoire que je suis parfois le seul à connaître, mais que chacun est libre d'interpréter à sa manière. Il m'arrive d'en offrir à des personnes qui me sont chères, ou au contraire d'en détruire.

Je considère un peu mes toiles comme mes enfants. Je les imagine, je les fais naître, je les regarde évoluer et, une fois achevées, elles deviennent une partie de mon histoire. Elles resteront là, bien après moi, comme les témoins silencieux de mon passage sur cette terre.

Car finalement, nous ne sommes que de passage. Les années s'écoulent, les souvenirs s'effacent, les visages disparaissent, mais une œuvre peut traverser le temps et continuer à transmettre une émotion à ceux qui la contemplent.

Cette exposition n'a donc aucune vocation commerciale. Elle n'est ni une boutique ni une recherche de reconnaissance. C'est simplement une porte que j'ouvre sur mon univers, une invitation à découvrir une partie de ce que je suis à travers mes créations.

Vous aimerez certaines toiles, d'autres vous laisseront peut-être indifférents, et c'est très bien ainsi. L'art n'a pas besoin de faire l'unanimité. Il doit avant tout susciter quelque chose : une émotion, une interrogation, un souvenir ou simplement le plaisir de regarder.

Si une seule de mes peintures parvient à vous faire voyager, à vous émouvoir ou à vous arrêter quelques instants pour rêver, alors ce partage aura déjà tout son sens.

Je ne cherche pas à laisser une fortune derrière moi, mais peut-être quelques couleurs, quelques émotions et une petite trace de mon existence.

Bienvenue dans mon univers, et merci de prendre le temps de le découvrir.

These paintings are not for sale, and they probably never will be. They are much more than simple pictures. Each one is a part of me, a fragment of my imagination, my thoughts, my emotions and sometimes even my silences.

Through colours, shapes, shadows and brushstrokes, I try to express what words cannot always tell. Some canvases were born from a memory, others from an emotion, a dream or simply a passing inspiration. They reflect the way I see the world, my sensitivity, and the freedom I find when I create.

I do not paint to please, and even less to sell. I paint first of all for myself, for the joy of giving life to what exists in my mind. Each painting carries something personal, a story that sometimes only I know, but that everyone is free to interpret in their own way. Sometimes I give one to people who are dear to me, or, on the contrary, I destroy one.

I think of my paintings a little as my children. I imagine them, bring them into the world, watch them grow, and once they are finished they become part of my story. They will remain long after me, as silent witnesses of my passage on this earth.

Because in the end, we are only passing through. The years go by, memories fade, faces disappear, but a work of art can cross time and keep passing on an emotion to those who look at it.

This exhibition therefore has no commercial purpose. It is neither a shop nor a quest for recognition. It is simply a door I open onto my world, an invitation to discover a part of who I am through my creations.

You will like some paintings; others may leave you indifferent, and that is just fine. Art does not need to please everyone. Above all, it must stir something: an emotion, a question, a memory, or simply the pleasure of looking.

If even one of my paintings manages to make you travel, to move you, or to make you stop for a moment and dream, then this sharing will already have found its meaning.

I do not seek to leave a fortune behind me, but perhaps a few colours, a few emotions and a small trace of my existence.

Welcome to my world, and thank you for taking the time to discover it.

PGL

Dans les coulisses de ma créationBehind the scenes of my creation

D'une toile blanche à l'explosion des couleursFrom a blank canvas to an explosion of colour

Comment une toile presque blanche, recouverte de quelques traits et de bleu, devient peu à peu une œuvre lumineuse, pleine de mouvements et de contrastes. Voici les étapes d'une même toile, photographiée dans mon atelier.How an almost blank canvas, covered with a few lines and some blue, gradually becomes a luminous work full of movement and contrast. Here are the stages of a single canvas, photographed in my studio.

  1. 01

    L'esquisseThe sketch

    La liberté des premiers gestesThe freedom of the first gestures

    Tout commence devant une toile presque blanche. Quelques traits, des griffonnages spontanés, des couleurs dispersées. Rien ne semble encore organisé, et pourtant, la peinture a déjà commencé à prendre vie.

    Le bleu fait son apparition, puissant, profond, presque envahissant. Il impose sa présence sans pour autant dévoiler ce que deviendra l'œuvre.

    À ce stade, je ne cherche ni la perfection ni la précision. Je laisse simplement ma main suivre mes envies, sans contrainte.

    C'est peut-être ce que j'aime le plus dans la peinture abstraite : cette liberté de commencer sans savoir exactement où l'on va.

    Chaque tableau commence par un geste. Le reste appartient à l'imagination.

    It all begins in front of an almost blank canvas. A few lines, spontaneous scribbles, scattered colours. Nothing seems organised yet, and yet the painting has already begun to come alive.

    Blue makes its entrance, powerful, deep, almost overwhelming. It asserts its presence without revealing what the work will become.

    At this stage I am looking for neither perfection nor precision. I simply let my hand follow its impulses, without constraint.

    Perhaps that is what I love most about abstract painting: the freedom to begin without knowing exactly where you are going.

    Every painting begins with a gesture. The rest belongs to the imagination.

  2. 02

    Le bleuBlue

    Une atmosphère s'installeAn atmosphere takes hold

    Le bleu s'étend progressivement sur la toile. Les premiers traits disparaissent sous la peinture, mais ils ont rempli leur rôle : donner une direction à l'œuvre.

    Je travaille les nuances, du bleu profond au bleu plus lumineux, en laissant volontairement quelques espaces respirer.

    Le tableau n'a toujours pas de forme définie. Pourtant, il possède déjà son atmosphère.

    C'est un moment particulier : celui où la toile commence à m'imposer son propre caractère.

    Le bleu devient le point de départ d'un voyage dont je ne connais pas encore la destination.

    Blue gradually spreads across the canvas. The first lines disappear beneath the paint, but they have done their job: giving the work a direction.

    I work the nuances, from deep blue to brighter blue, deliberately leaving a few spaces to breathe.

    The painting still has no defined form. Yet it already has its atmosphere.

    It is a special moment: the one when the canvas begins to impose its own character on me.

    Blue becomes the starting point of a journey whose destination I do not yet know.

  3. 03

    Le mouvementMovement

    Quand les couleurs s'animentWhen the colours come alive

    Les premières touches de vert et de blanc viennent bousculer la tranquillité du bleu.

    Les gestes deviennent plus rapides, plus spontanés. Les couleurs se croisent, se mélangent et se repoussent.

    Je cherche à créer une sensation de mouvement, comme si quelque chose prenait naissance au cœur de la toile.

    Les traces du pinceau restent visibles. Elles racontent le mouvement de la main et donnent à la peinture toute son énergie.

    L'abstrait commence à prendre vie lorsque les couleurs cessent simplement de remplir la toile pour entrer en mouvement.

    The first touches of green and white come to unsettle the calm of the blue.

    The gestures become quicker, more spontaneous. Colours cross, mingle and push each other away.

    I try to create a sense of movement, as if something were being born at the heart of the canvas.

    The brush marks remain visible. They tell the movement of the hand and give the painting all its energy.

    Abstraction begins to come alive when colours stop simply filling the canvas and start to move.

  4. 04

    La chaleurWarmth

    Une couleur inattendueAn unexpected colour

    Jusqu'ici, les bleus, les verts et les blancs dominaient. Puis arrivent quelques touches plus chaudes.

    Des nuances orangées et rosées viennent rompre cette harmonie presque froide.

    Je ne cherche pas à les répartir régulièrement. Au contraire, je préfère laisser certaines parties calmes et d'autres plus agitées.

    Ces nouvelles couleurs apportent une profondeur différente. Elles créent des rencontres inattendues et commencent à révéler toute la richesse de la composition.

    Parfois, il suffit d'une couleur inattendue pour changer toute l'histoire d'un tableau.

    Until now, blues, greens and whites dominated. Then come a few warmer touches.

    Shades of orange and pink break that almost cold harmony.

    I don't try to spread them evenly. On the contrary, I prefer to leave some areas calm and others more agitated.

    These new colours bring a different depth. They create unexpected encounters and begin to reveal the full richness of the composition.

    Sometimes a single unexpected colour is enough to change the whole story of a painting.

  5. 05

    L'équilibreBalance

    Savoir s'arrêterKnowing when to stop

    La toile approche de son aboutissement.

    Les couleurs sont présentes, le mouvement est installé et les contrastes commencent à fonctionner ensemble.

    Il faut maintenant trouver l'équilibre sans faire disparaître la spontanéité des premiers gestes.

    Je prends du recul, j'observe, je corrige quelques passages. Parfois, j'ajoute une touche de lumière. Parfois, je renforce une zone sombre.

    Mais je dois aussi savoir m'arrêter.

    Car à vouloir trop perfectionner une peinture abstraite, on risque de lui retirer ce qui faisait toute sa force : sa liberté.

    Peindre, c'est aussi apprendre à reconnaître le moment où il ne faut plus toucher à rien.

    The canvas is nearing completion.

    The colours are there, the movement is in place and the contrasts are starting to work together.

    Now I have to find balance without erasing the spontaneity of the first gestures.

    I step back, I observe, I correct a few passages. Sometimes I add a touch of light. Sometimes I strengthen a dark area.

    But I also have to know when to stop.

    Because by trying too hard to perfect an abstract painting, you risk taking away what gave it all its strength: its freedom.

    Painting is also learning to recognise the moment when you must not touch anything more.

06

L'explosion des couleursThe explosion of colours

Une toile, une émotionOne canvas, one emotion

Au départ, il n'y avait qu'une toile presque blanche, quelques traits désordonnés et une première couche de bleu.

Puis, progressivement, les couleurs se sont rencontrées. Les verts ont rejoint les bleus, les blancs ont apporté leur lumière et les rouges orangés sont venus réveiller l'ensemble.

Le tableau s'est construit sans modèle précis, au rythme des gestes, des envies et des émotions du moment.

Je pourrais y voir un éclatement de lumière, une force naturelle, peut-être même quelque chose qui rappelle les couleurs du Pacifique.

Mais je préfère laisser chacun y découvrir sa propre histoire.

C'est ce que j'aime dans la peinture abstraite : elle n'impose pas une image, elle ouvre une porte à l'imagination.

Une toile peut commencer dans le désordre et finir par trouver sa propre harmonie. Peut-être est-ce aussi une belle façon de regarder la vie.

At the start there was only an almost blank canvas, a few untidy lines and a first layer of blue.

Then, little by little, the colours met. Greens joined the blues, whites brought their light and orange-reds came to awaken the whole.

The painting was built without a precise model, to the rhythm of gestures, impulses and the emotions of the moment.

I could see in it a burst of light, a force of nature, perhaps even something that recalls the colours of the Pacific.

But I prefer to let everyone discover their own story in it.

That is what I love about abstract painting: it does not impose an image, it opens a door to the imagination.

A canvas can begin in disorder and end up finding its own harmony. Perhaps that is also a beautiful way of looking at life.

PGL

À proposAbout

AutodidacteSelf-taught

C'est Jackson Pollock qui a allumé en moi le feu et la passion de la création.It was Jackson Pollock who lit the fire and passion for creation in me.

Portrait de Pierre Gino
Pierre Gino
Wallis-et-Futuna · Océanie

Né à Grand River North West, à l'île Maurice, de parents quarterons, j'ai grandi en région parisienne. Je suis totalement autodidacte. Je m'intéresse à l'art abstrait dès mon adolescence, porté par les grands maîtres tels que Riopelle et Gauvreau.

J'ai commencé à peindre à l'adolescence, d'abord à la gouache, avant que la peinture à l'huile ne devienne mon médium. Ma pratique est abstraite, guidée par le geste, la matière, la lumière et l'énergie. Laissant libre cours à mon imagination et à l'émotion qui m'habite, je donne vie, avec spatules et pinceaux, aux mouvements et aux couleurs qui font de chaque toile une création unique.

Mon parcours atypique m'a permis de découvrir les cultures d'Europe, d'Afrique et d'Océanie. Cela m'encourage à n'avoir aucune limite au moment de transposer l'irréel vers le réel sur la toile.

Born in Grand River North West, Mauritius, to parents of mixed heritage, I grew up in the Paris region. I am entirely self-taught. My interest in abstract art began in my teens, inspired by great masters such as Riopelle and Gauvreau.

I started painting as a teenager, first with gouache, before oil became my medium. My practice is abstract, guided by gesture, matter, light and energy. Giving free rein to imagination and emotion, I use palette knives and brushes to bring to life the movement and colour that make each canvas unique.

An unusual path led me through the cultures of Europe, Africa and Oceania. It pushes me to set no limits when carrying the unreal into the real on canvas.

Paris 20el'éveil, à l'adolescencethe awakening, as a teenager
HuileOilmédium de prédilectionchosen medium
3continentscontinents
Jackson PollockJean-Paul RiopelleClaude Gauvreau

Mon parcoursMy path

Entre l'eau, les voyages et la peintureBetween water, travel and painting
  1. 01De l'île Maurice à la région parisienneFrom Mauritius to the Paris regionNaissance · enfanceBirth · childhood

    Né à Grand River North West, à l'île Maurice, j'ai grandi en région parisienne. Des racines multiples, un citoyen de la Terre : la peinture est devenue mon vrai pays.

    Je suis né à Grand River North West, à l'île Maurice, une île où se rencontrent une multitude de traditions, de langues et de cultures, au croisement de l'Afrique, de l'Inde, de la Chine et de l'Europe. J'ai ensuite grandi en région parisienne, où j'ai passé toute mon enfance et mon adolescence.

    Je suis natif de Maurice, et pourtant je m'y sens presque étranger : je n'y suis pratiquement jamais retourné. Il y a quelque chose d'étrange à venir d'un pays que l'on connaît si peu, à lui appartenir par la naissance sans avoir pu y construire ses souvenirs.

    J'ai vécu en Europe pendant plus de quarante ans, et pourtant, mon apparence suscite encore cette éternelle question : « Mais quelles sont tes origines ? »

    Mes racines sont multiples : françaises, italiennes, hollandaises, réunionnaises, malgaches et, plus largement, africaines, avec peut-être même quelques traces d'ADN indien.

    Mais au fond, pourquoi faudrait-il me définir par une seule origine, un seul pays ou même un seul continent ?

    Mon histoire est faite de mélanges, de rencontres et d'héritages venus de différents horizons. Je ne me reconnais pas dans une seule frontière, car mes racines sont multiples et mon appartenance va bien au-delà des frontières : je suis tout simplement un citoyen de la Terre.

    En Europe comme en Afrique continentale, j'ai souvent eu l'impression de ne pas être tout à fait chez moi. Et sur cette île où je suis né, je ne retrouve pas non plus ce sentiment d'appartenance que l'on pourrait croire évident.

    Je sais que nous sommes des milliers à vivre cela, à porter plusieurs héritages sans nous sentir pleinement chez nous quelque part. C'est peut-être pour cette raison que la peinture est devenue mon vrai pays : un lieu où toutes les parts de mon histoire peuvent se rejoindre, où je peux être moi-même sans avoir à justifier d'où je viens.

    Born in Grand River North West, Mauritius, I grew up in the Paris region. Many roots, a citizen of the Earth: painting became my true country.

    I was born in Grand River North West, Mauritius, an island where a multitude of traditions, languages and cultures meet, at the crossroads of Africa, India, China and Europe. I then grew up in the Paris region, where I spent my whole childhood and teenage years.

    I am a native of Mauritius, and yet I feel almost a stranger there: I have practically never been back. There is something strange about coming from a country you know so little, belonging to it by birth without having been able to build your memories there.

    I have lived in Europe for more than forty years, and yet my appearance still prompts that eternal question: “So where are you really from?”

    My roots are many: French, Italian, Dutch, Réunionese, Malagasy and, more broadly, African, perhaps even with a few traces of Indian DNA.

    But in the end, why should I be defined by a single origin, a single country or even a single continent?

    My story is made of blends, encounters and heritages from many horizons. I do not recognise myself within a single border, because my roots are many and my sense of belonging goes far beyond borders: I am simply a citizen of the Earth.

    In Europe as in mainland Africa, I have often felt not quite at home. And on the island where I was born, I do not find that sense of belonging one might think obvious either.

    I know there are thousands of us living this, carrying several heritages without feeling fully at home anywhere. Perhaps that is why painting became my true country: a place where every part of my story can come together, where I can be myself without having to justify where I come from.

  2. 02Mon adolescence, entre Paris populaire, musique et peintureMy teenage years, between working-class Paris, music and paintingAsnières · Paris 20e · Saint-Ouen · années 80Asnières · Paris 20th · Saint-Ouen · the 1980s

    Les années 80 entre Asnières, Paris 20e et Saint-Ouen : l'eau de Javel et Tati, les Buttes-Chaumont, Gainsbourg et Desproges. Pas grand-chose, mais des histoires à raconter, en couleurs.

    Mon adolescence s'est déroulée dans les années 1980, entre la rue du Docteur-Dervaux à Asnières, la rue Pelleport dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, puis la rue des Rosiers à Saint-Ouen, au cœur du célèbre marché aux puces. Des quartiers populaires et métissés où j'ai connu des amitiés extraordinaires, des éclats de rire, mais aussi le racisme ordinaire et des blessures qui, parfois, ne s'effacent jamais vraiment.

    Nous ne roulions pas sur l'or, loin de là. Chez nous, les grands parfums portaient un nom : l'eau de Javel, ce fameux « parfum des pauvres ». Et pour les séances de shopping, direction Tati, que je m'amusais à prononcer avec un accent anglais distingué, histoire de donner à nos emplettes des airs de haute couture. Nous n'avions pas le luxe, mais nous avions la débrouillardise, l'humour et surtout cette capacité à rire de tout, même de nous-mêmes.

    À cette époque, pas de réseaux sociaux. On se retrouvait aux Buttes-Chaumont, on discutait pendant des heures, on refaisait le monde. La radio était notre fenêtre sur l'ailleurs. Gainsbourg, avec son insolence, puis Bashung, les Négresses Vertes et Elmer Food Beat ont accompagné ces années et celles qui ont suivi. Sans oublier Pierre Desproges, dont j'adorais l'humour noir et l'irrévérence.

    C'est dans ce Paris vivant, parfois tendre, parfois cruel, qu'est née mon envie de peindre. Les visages, les rues, les couleurs, les joies comme les humiliations nourrissaient mon imagination.

    J'ai commencé avec la gouache, avant de découvrir Jackson Pollock, qui m'a ouvert les yeux sur la liberté du geste et la force de l'émotion. Autodidacte, j'ai ensuite exploré la peinture à l'huile, au couteau et au pinceau, jusqu'à trouver peu à peu ma propre manière de m'exprimer.

    Aujourd'hui encore, une chanson, une odeur ou une phrase de Desproges suffit à me ramener dans ces rues de mon adolescence. Nous n'avions pas grand-chose, mais nous avions des histoires à raconter. Et moi, j'ai choisi de les raconter avec des couleurs.

    The '80s between Asnières, Paris's 20th and Saint-Ouen: bleach and Tati, the Buttes-Chaumont, Gainsbourg and Desproges. Not much, but stories to tell, in colour.

    My teenage years unfolded in the 1980s, between rue du Docteur-Dervaux in Asnières, rue Pelleport in Paris's 20th arrondissement, and then rue des Rosiers in Saint-Ouen, in the heart of the famous flea market. Working-class, mixed neighbourhoods where I knew extraordinary friendships and bursts of laughter, but also everyday racism and wounds that sometimes never quite fade.

    We were far from rolling in money. At home, the great perfumes had a name: bleach, that famous “poor man's perfume”. And for shopping sprees, it was off to Tati, which I liked to pronounce with a posh English accent, just to give our purchases an air of haute couture. We had no luxury, but we had resourcefulness, humour and above all that ability to laugh at everything, even at ourselves.

    Back then there was no social media. We met up at the Buttes-Chaumont, talked for hours, put the world to rights. The radio was our window onto elsewhere. Gainsbourg with his insolence, then Bashung, Les Négresses Vertes and Elmer Food Beat accompanied those years and the ones that followed. Not forgetting Pierre Desproges, whose black humour and irreverence I adored.

    It was in that lively Paris, sometimes tender, sometimes cruel, that my urge to paint was born. Faces, streets, colours, joys as well as humiliations fed my imagination.

    I started with gouache, before discovering Jackson Pollock, who opened my eyes to the freedom of gesture and the power of emotion. Self-taught, I then explored oil painting, with palette knife and brush, until I gradually found my own way of expressing myself.

    Even today, a song, a smell or a line by Desproges is enough to take me back to the streets of my youth. We didn't have much, but we had stories to tell. And I chose to tell them in colour.

  3. 03Sur la Marne, à bord du MorgensterOn the Marne, aboard the MorgensterNeuilly-Plaisance · années 90Neuilly-Plaisance · the 1990s

    Les années 90 à bord du Morgenster, un tjalk amarré sur la Marne : les guinguettes, le feu de cheminée, les amitiés, les femmes, et une peinture vécue jusqu'à l'euphorie.

    Dans les années 1990, j'ai choisi de vivre à bord du Morgenster, un tjalk, une péniche à voile hollandaise, amarré à Neuilly-Plaisance, sur les bords de Marne. Habiter sur l'eau, c'était adopter un autre rythme, apprendre à vivre avec les mouvements du bateau, les changements de lumière et les saisons. Nous étions un peu considérés comme des gens à part. Cette vie avait ses contraintes, mais j'y trouvais une liberté à laquelle je me suis profondément attaché.

    Aux beaux jours, on profitait des guinguettes et des longues soirées au bord de la rivière. Une belle entente s'était créée avec Denis, l'éclusier du port de plaisance de Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis. Les conversations se prolongeaient, on partageait un verre, un repas, et le plaisir d'être ensemble suffisait souvent à remplir la journée. Il m'arrivait de pêcher de petits poissons que l'on faisait ensuite griller avant de les déguster autour d'une bière. De ces moments, je garde le souvenir d'une simplicité heureuse, de repas improvisés et de rires au bord de l'eau.

    Pendant les journées chaudes de l'été, je me baignais dans la Marne. J'en ressortais parfois aussi sale que lorsque j'y étais entré, mais cela faisait partie de notre vie, avec son insouciance et ses petites folies. Il y avait le plaisir de se laisser aller dans l'eau, puis de remonter à bord et de retrouver la chaleur du soleil.

    L'hiver, l'atmosphère changeait complètement. Nous nous retrouvions autour de la cheminée, tandis que le froid s'installait sur la rivière. Le crépitement du feu accompagnait nos discussions et l'odeur du bois brûlé imprégnait nos vêtements. Cette senteur nous suivait longtemps après la soirée. Je me souviens du contraste entre le froid du dehors et la chaleur à bord, de ces heures où l'on n'avait aucune envie de partir.

    Ces années furent aussi celles de la découverte des femmes, de leurs rondeurs, de leurs parfums et de l'intimité partagée. Je me suis perdu plus d'une fois, emporté par une rencontre, au fil des soirées de guinguette et des nuits sur la péniche. J'en garde une tendresse amusée, le souvenir de mes élans et de mes égarements, ainsi qu'une sensualité qui trouve encore sa place dans les figures féminines de mes peintures.

    Cette période m'a également donné des liens précieux. Il y a Camilla, ma moitié d'âme, que je considère comme une sœur, et Cristina, avec qui nous passions des heures à philosopher sur le devenir de l'humain. Dans ce cadre de vie singulier, les conversations pouvaient nous mener très loin. On parlait de nos vies, de nos doutes, de ce que nous espérions du monde, sans toujours voir la nuit avancer.

    La peinture occupait alors une place immense dans mon existence. Elle pouvait m'absorber jusqu'à me mettre dans un état second, une véritable euphorie. Il n'était pas rare qu'en pleine séance de création, je quitte mes pinceaux pour plonger dans la Marne, encore porté par l'énergie de ce que j'étais en train de peindre.

    Vivre sur le Morgenster a profondément nourri mon regard. Les reflets sur l'eau, les paysages transformés par les saisons, la lumière qui entrait à bord et la présence quotidienne de la rivière sont devenus des sources d'inspiration essentielles. De ces années, je garde des images, mais aussi des odeurs, des voix et des sensations : le bois brûlé sur un vêtement, le goût d'un poisson grillé, la fraîcheur de la Marne et la chaleur d'une présence. Tout cela a trouvé, peu à peu, son chemin dans ma peinture.

    The '90s aboard the Morgenster, a tjalk moored on the Marne: guinguettes, the winter fire, friendships, women, and painting lived to the point of euphoria.

    In the 1990s I chose to live aboard the Morgenster, a tjalk, a Dutch sailing barge, moored at Neuilly-Plaisance on the banks of the Marne. Living on the water meant adopting another rhythm, learning to live with the movements of the boat, the changes of light and the seasons. We were seen as people a little apart. That life had its constraints, but I found in it a freedom to which I became deeply attached.

    In fine weather we enjoyed the guinguettes and long evenings by the river. A real friendship had grown with Denis, the lock keeper at the Neuilly-sur-Marne marina, in Seine-Saint-Denis. Conversations went on and on, we shared a drink, a meal, and the pleasure of being together was often enough to fill the day. Sometimes I caught small fish that we then grilled and enjoyed over a beer. From those moments I keep the memory of a happy simplicity, improvised meals and laughter by the water.

    On hot summer days I swam in the Marne. I sometimes came out as dirty as when I went in, but that was part of our life, with its carefree spirit and its little follies. There was the pleasure of letting go in the water, then climbing back aboard to find the warmth of the sun.

    In winter the atmosphere changed completely. We gathered around the fireplace while the cold settled over the river. The crackle of the fire accompanied our talks and the smell of burning wood soaked into our clothes. That scent stayed with us long after the evening. I remember the contrast between the cold outside and the warmth on board, those hours when nobody wanted to leave.

    Those years were also the years I discovered women: their curves, their scents and shared intimacy. More than once I lost myself, carried away by an encounter, through evenings at the guinguettes and nights on the barge. I look back on it with amused tenderness, remembering my impulses and my wanderings, and a sensuality that still finds its place in the female figures of my paintings.

    That period also gave me precious bonds. There is Camilla, the other half of my soul, whom I think of as a sister, and Cristina, with whom I spent hours philosophising about the future of humankind. In that singular setting, conversations could take us very far. We talked about our lives, our doubts, what we hoped for from the world, often without noticing the night go by.

    Painting then held an immense place in my life. It could absorb me to the point of a trance, a true euphoria. It was not unusual, in the middle of a painting session, for me to put down my brushes and dive into the Marne, still carried by the energy of what I was painting.

    Living on the Morgenster deeply shaped the way I see. Reflections on the water, landscapes transformed by the seasons, the light coming in on board and the daily presence of the river became essential sources of inspiration. From those years I keep images, but also smells, voices and sensations: burnt wood on a garment, the taste of a grilled fish, the coolness of the Marne and the warmth of a presence. All of it gradually found its way into my painting.

  4. 04IrlandeIrelandShannon, Moy Park · comté de ClareShannon, Moy Park · County Clare

    À Shannon, dans le comté de Clare, « The French Lover » a découvert l'Irlande, ses amitiés, ses soirées au bord de la mer et la démesure du Connemara.

    Mon séjour en Irlande a marqué durablement ma démarche. J'habitais dans le quartier de Moy Park, à Shannon, dans le comté de Clare, à vingt minutes de Limerick. Ma petite originalité : je roulais en voiture française, avec le volant du « mauvais » côté. Pour des raisons restées obscures, on m'a très vite surnommé « The French Lover ».

    Dès mon arrivée, j'ai rencontré Nathalie, professeure d'anglais originaire de Nantes, installée en Irlande depuis plusieurs décennies. C'est elle qui m'a fait découvrir l'Irlande, ses paysages et la culture celte. Nous avons partagé des moments sulfureux… je n'en dirai pas plus.

    Avec mon ami Nicolas, nous avons bourlingué dans tout le comté, à la découverte d'endroits restés gravés à jamais dans nos têtes. Il y a eu aussi les soirées mémorables à Spanish Point, au bord de la mer, après le travail, et les balades jusqu'au village de Killaloe. Un jour, nous avons même cru avoir traversé une faille temporelle : nous nous sommes retrouvés à Montpelier, en pleine campagne irlandaise. Eh oui, il existe bien un Montpelier en Irlande !

    Et que dire du Connemara, où je suis resté stupéfait devant le gigantisme et la beauté insoupçonnée de ses paysages. La lumière changeante des ciels, la rudesse des reliefs et l'atmosphère si particulière de cette terre ont profondément nourri mon rapport à la matière et à la couleur.

    In Shannon, County Clare, “The French Lover” discovered Ireland, its friendships, its evenings by the sea and the vastness of Connemara.

    My time in Ireland left a lasting mark on my work. I lived in the Moy Park neighbourhood of Shannon, in County Clare, twenty minutes from Limerick. My little quirk: I drove a French car, with the steering wheel on the “wrong” side. For reasons that remain obscure, I was quickly nicknamed “The French Lover”.

    As soon as I arrived, I met Nathalie, an English teacher from Nantes who had lived in Ireland for several decades. She was the one who showed me Ireland, its landscapes and its Celtic culture. We shared some sulphurous moments… I will say no more.

    With my friend Nicolas, we roamed the whole county, discovering places that remain etched in our minds forever. There were also the unforgettable evenings at Spanish Point, by the sea, after work, and the trips out to the village of Killaloe. One day we even thought we had slipped through a time warp: we found ourselves in Montpelier, deep in the Irish countryside. Yes, there really is a Montpelier in Ireland!

    And what can I say about Connemara, where I stood amazed by the sheer scale and unexpected beauty of its landscapes. The ever-changing light of the skies, the rugged terrain and the unique atmosphere of that land deeply shaped my relationship to texture and colour.

  5. 05CamerounCameroonYaoundé · Eséka · Edéa · KribiYaoundé · Eséka · Edéa · Kribi

    Mes jumeaux sont nés à Yaoundé, ma fille à Edéa. Des marchés aux villages, de la forêt à la côte de Kribi, le Cameroun m'a offert des joies, des leçons et des couleurs.

    Le Cameroun a été une découverte profondément humaine : celle d'une terre, de ses cultures et de ses habitants. J'ai vécu à Yaoundé, où sont nés mes jumeaux. Ma fille, ma merveilleuse princesse, est née à Edéa. Ce pays occupe une place particulière dans mon cœur, parce qu'il est lié à mon histoire de père et à celle de ma famille.

    De Yaoundé, je garde le souvenir de ses quartiers animés, des marchés, des petites échoppes et des conversations qui se prolongeaient au bord des rues. Je me souviens des beignets, de leur parfum pendant la cuisson et du plaisir de les déguster encore chauds. La vie se découvrait dans ces instants ordinaires : un repas, une discussion, une rencontre imprévue. C'est aussi à travers eux que je me suis attaché au pays.

    J'ai partagé la vie rurale, au fil des villages et de mes déplacements autour d'Eséka et d'Edéa. J'y ai découvert d'autres rythmes, d'autres façons de travailler, de partager et d'habiter un territoire. Sur la route, j'aimais m'arrêter à Boumnyebel pour manger des brochettes vendues au bord du chemin. Je garde aussi le goût du kilichi, cette viande séchée et pimentée. Ces haltes simples font encore partie des souvenirs qui me reviennent avec le plus de précision.

    Mais le Cameroun m'a également confronté à l'âpreté de la pauvreté et à son poids dans les relations humaines. Dans certaines rencontres, j'ai vu combien le désir d'aimer pouvait se mêler au besoin de trouver une sécurité matérielle. Certaines femmes espéraient sortir d'une vie difficile à travers une relation, parfois au prix des sentiments d'un homme qui s'attachait sincèrement. Cela pouvait provoquer des blessures et des désillusions. Sans excuser la tromperie, j'ai appris à regarder ces situations en tenant compte de la précarité, des responsabilités et du manque de perspectives. Chercher une issue à la pauvreté est profondément humain ; la souffrance de celui qui se sent trompé l'est tout autant. Ces expériences m'ont amené à réfléchir aux liens complexes entre l'amour, l'argent et l'espoir d'une vie meilleure.

    La nature, elle aussi, a profondément marqué mon séjour. La forêt, dense et vivante, m'a appris à regarder autrement. J'y ai découvert une multitude de verts, des ombres profondes et cette lumière qui filtre entre les arbres, éclaire une feuille et transforme un paysage en quelques instants. J'ai commencé à prêter davantage attention aux nuances, aux matières et aux détails. Cette manière d'observer a peu à peu trouvé sa place dans ma peinture.

    Puis il y a eu Kribi et la côte atlantique : le sable, les rochers, le mouvement des vagues et la forêt qui semble venir à la rencontre de l'océan. J'y retrouvais une autre lumière, un horizon ouvert, le plaisir de rester face à la mer et de laisser mon regard suivre l'eau.

    Le Cameroun reste lié pour moi à toutes ces sensations : le goût des beignets, les repas au bord de la route, l'animation de Yaoundé, la présence de la forêt et l'air marin de Kribi. J'en garde des joies, des blessures et des liens précieux. Surtout, j'y ai vu naître mes enfants. Ce pays appartient à leur histoire comme à la mienne, et il continue de vivre dans mes souvenirs et dans les couleurs de ma peinture.

    My twins were born in Yaoundé, my daughter in Edéa. From markets to villages, from the forest to the coast at Kribi, Cameroon gave me joys, lessons and colours.

    Cameroon was a deeply human discovery: of a land, its cultures and its people. I lived in Yaoundé, where my twins were born. My daughter, my wonderful princess, was born in Edéa. This country holds a special place in my heart, because it is bound up with my story as a father and with that of my family.

    From Yaoundé I keep the memory of its lively neighbourhoods, its markets, its small stalls and the conversations that lingered at the roadside. I remember the beignets, their smell as they fried and the pleasure of eating them still warm. Life revealed itself in those ordinary moments: a meal, a chat, an unexpected encounter. It was through them, too, that I grew attached to the country.

    I shared rural life, through the villages and my travels around Eséka and Edéa. There I discovered other rhythms, other ways of working, sharing and living on the land. On the road I loved stopping at Boumnyebel to eat skewers sold by the wayside. I also remember the taste of kilishi, that dried, spicy meat. Those simple stops are still among the memories that come back to me most vividly.

    But Cameroon also confronted me with the harshness of poverty and its weight on human relationships. In some encounters I saw how the desire to love could mingle with the need for material security. Some women hoped to escape a hard life through a relationship, sometimes at the cost of the feelings of a man who had sincerely grown attached. That could cause wounds and disillusion. Without excusing deceit, I learned to look at these situations in light of precariousness, responsibilities and lack of prospects. Seeking a way out of poverty is deeply human; the pain of the one who feels deceived is just as human. These experiences led me to reflect on the complex ties between love, money and the hope of a better life.

    Nature, too, left a deep mark on my time there. The forest, dense and alive, taught me to see differently. I discovered a multitude of greens, deep shadows and that light which filters through the trees, catches a leaf and transforms a landscape in an instant. I began to pay more attention to nuance, texture and detail. That way of observing gradually found its place in my painting.

    Then there was Kribi and the Atlantic coast: sand, rocks, the movement of the waves and the forest that seems to come down to meet the ocean. There I found another light, an open horizon, the pleasure of sitting facing the sea and letting my eyes follow the water.

    For me Cameroon remains bound to all these sensations: the taste of beignets, roadside meals, the bustle of Yaoundé, the presence of the forest and the sea air of Kribi. I keep from it joys, wounds and precious bonds. Above all, I saw my children born there. This country belongs to their story as much as to mine, and it lives on in my memories and in the colours of my painting.

  6. 06Maroc, l'AtlasMorocco, the AtlasBoulemane · Enjil · MissourBoulemane · Enjil · Missour

    Plusieurs années au cœur de l'Atlas, près d'Enjil, sur une base de préservation de la faune : une vie simple, une amitié précieuse et un Maroc profond qui m'a ouvert à l'essentiel.

    Au Maroc, dans la province de Boulemane, j'ai vécu plusieurs années au cœur de l'Atlas, près du village d'Enjil Aït Lahcen. J'y ai travaillé pour le gouvernement des Émirats arabes unis, sur une base de vie dédiée à un programme de préservation de la faune sauvage.

    Au contact des villageois, en partageant une vie simple dans des conditions parfois austères, j'ai découvert une autre relation au temps, aux ressources et aux liens humains. Cette expérience m'a appris l'humilité, le respect des cultures locales et l'attention aux équilibres naturels. Le Maroc profond m'a ouvert à une vie moins matérialiste, davantage tournée vers l'essentiel.

    De ces années, je garde aussi le souvenir de mon ami José et de nos longues balades. Je revois nos rencontres avec les serpents, qui le fascinaient autant qu'ils me repoussaient. Malgré les années écoulées et l'éloignement, même si nous avons chacun construit notre vie et fait de nouvelles rencontres, je pense toujours à lui. Le souvenir de notre amitié reste lié à ces paysages et aux moments que nous y avons partagés.

    Missour faisait partie de mon quotidien, avec ses rues, ses commerces et le rythme de la vie locale. Le week-end, je prenais souvent la route pour découvrir d'autres visages du Maroc : Ifrane et ses rues impeccables, les cascades d'Imouzzer et d'Akchour, ou encore les ruelles bleues de Chefchaouen, où j'aimais me perdre. Fès m'a aussi marqué, avec sa médina et ses passages animés, où l'histoire se mêle à la vie de tous les jours. Chaque escapade renforçait mon attachement à ce pays.

    Je me souviens aussi de la saison des cerises et des fraises, de ces fruits que l'on achetait au détour d'une rue, si savoureux que leur goût me revient encore aujourd'hui. Ces petits plaisirs avaient une place toute particulière dans ma vie là-bas. Parfois, je quittais Enjil pour rejoindre Taghazout et savourer des sardines grillées face à l'océan. Le goût des sardines, l'air du large et le plaisir de prendre le temps restent parmi mes souvenirs les plus heureux.

    Marrakech, en revanche, ne m'a pas laissé un souvenir aussi marquant. Comme le disaient les gens des villages que je côtoyais : « Marrakech, ce n'est pas le Maroc. » Le Maroc qui m'a profondément touché était celui des villages, des montagnes et des liens tissés au quotidien.

    Ces années, ces paysages et ces amitiés ont nourri ma peinture, mon art et ma façon de regarder le monde. Ils font partie de l'homme que je suis devenu. J'ai quitté ce pays, mais j'y ai aussi laissé un bout de mon âme.

    Several years in the heart of the Atlas, near Enjil, on a wildlife conservation base: a simple life, a precious friendship and a deep Morocco that opened me to what truly matters.

    In Morocco, in the province of Boulemane, I lived for several years in the heart of the Atlas, near the village of Enjil Aït Lahcen. I worked there for the government of the United Arab Emirates, on a living base dedicated to a wildlife conservation programme.

    Living alongside the villagers, sharing a simple life in sometimes austere conditions, I discovered a different relationship to time, to resources and to human bonds. That experience taught me humility, respect for local cultures and care for natural balances. Deep Morocco opened me to a less materialistic life, turned more towards what truly matters.

    From those years I also keep the memory of my friend José and our long walks. I can still see our encounters with snakes, which fascinated him as much as they repelled me. Despite the passing years and the distance, even though we have each built our lives and met new people, I still think of him. The memory of our friendship remains bound to those landscapes and to the moments we shared there.

    Missour was part of my daily life, with its streets, its shops and the rhythm of local life. At weekends I often took the road to discover other faces of Morocco: Ifrane and its spotless streets, the waterfalls of Imouzzer and Akchour, or the blue alleys of Chefchaouen, where I loved to lose myself. Fez left its mark on me too, with its medina and its bustling passages, where history mingles with everyday life. Every trip deepened my attachment to the country.

    I also remember the season of cherries and strawberries, fruit bought on a street corner, so delicious that I can still taste it today. Those small pleasures held a very special place in my life there. Sometimes I would leave Enjil for Taghazout to enjoy grilled sardines facing the ocean. The taste of the sardines, the sea air and the pleasure of taking one's time remain among my happiest memories.

    Marrakech, on the other hand, did not leave such a strong memory. As the village people I knew used to say: “Marrakech is not Morocco.” The Morocco that touched me deeply was the Morocco of villages, mountains and bonds woven day by day.

    Those years, those landscapes and those friendships fed my painting, my art and the way I look at the world. They are part of the man I have become. I left that country, but I also left a piece of my soul there.

  7. 07Wallis-et-Futuna, là où le hasard m'a conduitWallis and Futuna, where chance led meOcéanie · enracinementOceania · putting down roots

    Je ne connaissais même pas l'existence de Wallis. Une offre d'emploi, deux désistements, des amitiés précieuses… et l'endroit où j'ai commencé à me reconstruire.

    Je ne vais pas vous raconter de sornettes : avant d’y venir, je ne connaissais même pas l’existence de Wallis-et-Futuna. Ce n’était donc pas une destination dont je rêvais, ni un endroit où j’avais imaginé m’installer. Ma découverte de Wallis a commencé par une offre d’emploi, alors que j’étais encore au Maroc.

    L’annonce était alléchante. J’ai postulé, passé un entretien, puis appris que ma candidature n’avait pas été retenue. L’histoire aurait pu s’arrêter là.

    Mais neuf mois plus tard, Mathieu, le DG, m’a appelé : les deux personnes retenues avant moi s’étaient désistées. Mon tour était venu. La « roue de secours », comme je le raconte avec un sourire, allait finalement prendre la direction de Wallis. J’ai accepté sans vraiment savoir quelle vie m’attendait là-bas.

    Dans ce recrutement, il y avait aussi Corinne, la matriarche de GI, comme j’aime l’appeler. Je crois qu’elle avait écarté ma candidature lors du premier entretien, même si je n’en ai jamais eu la certitude. Le retournement de situation avait donc quelque chose d’ironique ! Elle a depuis pris sa retraite.

    Une fois sur place, il m’a fallu découvrir un territoire dont je ne savais rien : les paysages, le lagon, la lumière, mais aussi les habitudes, les relations et le rythme du quotidien.

    Tout était nouveau pour moi. J’apprenais à connaître les lieux tout en prenant mes marques au travail. Peu à peu, cette île a cessé d’être un simple nom sur une carte pour devenir mon cadre de vie.

    Les personnes rencontrées ont beaucoup compté dans cette découverte. Il y avait Samira, la fêtarde, qui n’est pas restée longtemps à Wallis, mais qui a laissé de sacrés souvenirs. Et puis il y a Bertrand, un frère de route. Nous avons en commun l’Afrique et le Cameroun : lui y est né et a surtout vécu à Douala. Nos parcours sont différents, mais nos souvenirs se répondent. Avec lui, certaines ambiances et certaines expériences se comprennent sans avoir besoin de longues explications.

    Je garde aussi le souvenir des soirées de délire à la Cave, avec Maryline, Samira et Bertrand. On discutait, on riait, on refaisait le monde. Ces moments m’ont permis de connaître chacun au-delà du travail et de me sentir entouré dans cette nouvelle vie.

    Parmi ces souvenirs, il y a une soirée bien arrosée avec mes deux acolytes. Vers 22 heures, nous avions fini dans la piscine chez Maryline.

    La suite est un peu plus nébuleuse dans ma mémoire, mais certaines images restent très nettes. En voulant faire une marche arrière avec la voiture, une roue est tombée dans un trou. Impossible de bouger !

    Je revois encore Bertrand appuyer sur l’aile pour essayer de dégager la voiture. De mon côté, le stress montait : cela ne faisait même pas une semaine que j’avais cette voiture de service toute neuve ! Entre nos tentatives pour la sortir de là et mon inquiétude, la soirée avait pris une tournure inattendue. Aujourd’hui, ce souvenir me ramène aux moments joyeux, à l’insouciance et à la complicité de mes débuts à Wallis.

    Cette période correspond aussi au moment où j’ai découvert la trahison de la femme que j’avais aimée au Maroc.

    Derrière les rires et l’envie de profiter de la vie, je portais une profonde souffrance. Les amitiés, les discussions et les soirées partagées m’ont aidé à remonter la pente.

    Il y a eu aussi des soirées plus sulfureuses, des attirances et des moments d’intimité. J’ai découvert des corps, des parfums, goûté à quelques nectars et retrouvé le plaisir de séduire autant que celui de me laisser séduire. Auprès de ces femmes, je me suis laissé aller, jusqu’à oublier ma peine pour un moment. Une présence, une caresse, la chaleur d’un corps me permettaient de retrouver de la légèreté et de me sentir à nouveau désiré.

    Ces rencontres n’effaçaient pas ma blessure, mais elles m’ont aidé à la traverser. Certaines ont été passagères, d’autres ont laissé une empreinte plus tendre.

    Je garde aussi le souvenir d’une visite à l’improviste, vers quatre heures du matin.

    J’avais l’habitude de laisser ma porte ouverte, et l’une de ces femmes était venue me rejoindre avant le lever du jour. Pour justifier sa sortie si matinale, elle avait prétexté qu’elle allait préparer l’église avant la messe. Ce détour par chez moi reste un souvenir complice, que je raconte avec un sourire, en gardant pour moi le reste de cette parenthèse.

    Je me suis assagi depuis, et je garde ces souvenirs avec gratitude et discrétion, par respect pour celles avec qui je les ai partagés.

    Elles ne savaient pas toute la place que ces instants avaient dans ma reconstruction. J’en raconte davantage sur cette période douloureuse dans la partie « Mes côtés sombres ».

    Mon attachement à Wallis s’est ainsi construit à travers les gens, mais aussi dans la découverte quotidienne de l’île.

    Le lagon, l’océan, les changements de lumière et les couleurs ont progressivement nourri mon regard de peintre.

    Je découvrais un autre environnement, auquel il me fallait être attentif, et de nouvelles sensations qui trouvaient peu à peu leur place dans mes toiles.

    Après tant de voyages et de changements, j’ai ressenti le besoin de m’enraciner, de m’investir dans mon travail et de contribuer à la vie du territoire, tout en gardant une place pour la création.

    Cela s’est fait au fil du temps, à travers les journées ordinaires, les amitiés et les habitudes qui s’installent.

    Je n’avais pas prévu de venir à Wallis. Il a fallu une annonce, des désistements, pour rendre ce départ possible. Puis il y a eu la découverte de l’île et les rencontres qui m’ont aidé à avancer.

    Ce territoire dont j’ignorais l’existence est devenu le lieu d’une nouvelle étape de ma vie, celui où j’ai commencé à me reconstruire et où, peut-être, je finirai mes jours.

    I didn't even know Wallis existed. A job offer, two withdrawals, precious friendships… and the place where I began to rebuild myself.

    I won't spin you any tall tales: before coming here, I didn't even know Wallis and Futuna existed. So it was not a destination I dreamed of, nor a place I had imagined settling. My discovery of Wallis began with a job offer, while I was still in Morocco.

    The advert was tempting. I applied, had an interview, then learned that my application had not been successful. The story could have ended there.

    But nine months later, Mathieu, the managing director, called me: the two people chosen before me had withdrawn. My turn had come. The "spare wheel", as I tell it with a smile, was finally heading for Wallis. I accepted without really knowing what life awaited me there.

    In that recruitment there was also Corinne, the matriarch of GI, as I like to call her. I believe she had set my application aside after the first interview, though I was never sure of it. So the turn of events had something ironic about it! She has since retired.

    Once there, I had to discover a territory I knew nothing about: the landscapes, the lagoon, the light, but also the habits, the relationships and the rhythm of daily life.

    Everything was new to me. I was getting to know the places while finding my feet at work. Little by little, this island stopped being a mere name on a map and became the setting of my life.

    The people I met counted for a great deal in that discovery. There was Samira, the party girl, who didn't stay long on Wallis but left some unforgettable memories. And then there is Bertrand, a brother of the road. We share Africa and Cameroon: he was born there and lived mostly in Douala. Our paths are different, but our memories echo each other. With him, certain atmospheres and certain experiences are understood without long explanations.

    I also remember the crazy evenings at La Cave, with Maryline, Samira and Bertrand. We talked, we laughed, we put the world to rights. Those moments let me get to know everyone beyond work and feel surrounded in this new life.

    Among those memories there is one rather boozy evening with my two partners in crime. Around 10 pm we had ended up in the pool at Maryline's.

    What followed is a little hazier in my memory, but some images remain very clear. Trying to reverse the car, one wheel fell into a hole. Impossible to move!

    I can still see Bertrand pushing on the wing to try to free the car. On my side, the stress was rising: I had had that brand-new company car for less than a week! Between our attempts to get it out and my worry, the evening had taken an unexpected turn. Today that memory takes me back to the joyful moments, the carefree spirit and the companionship of my early days on Wallis.

    That period was also when I discovered the betrayal of the woman I had loved in Morocco.

    Behind the laughter and the wish to enjoy life, I carried deep suffering. The friendships, the conversations and the shared evenings helped me get back on my feet.

    There were also more sulphurous evenings, attractions and moments of intimacy. I discovered bodies, scents, tasted a few nectars and rediscovered the pleasure of seducing as much as that of letting myself be seduced. With these women I let myself go, until I forgot my pain for a while. A presence, a caress, the warmth of a body let me find lightness again and feel desired once more.

    Those encounters did not erase my wound, but they helped me get through it. Some were fleeting, others left a more tender mark.

    I also remember an unexpected visit, around four in the morning.

    I used to leave my door open, and one of these women had come to join me before daybreak. To justify going out so early, she had claimed she was going to prepare the church before Mass. That detour by my place remains a fond memory, which I tell with a smile, keeping the rest of that interlude to myself.

    I have settled down since, and I keep these memories with gratitude and discretion, out of respect for those with whom I shared them.

    They did not know how much those moments meant in my rebuilding. I say more about that painful period in "My darker side".

    My attachment to Wallis was thus built through people, but also through discovering the island day after day.

    The lagoon, the ocean, the changing light and the colours gradually fed my painter's eye.

    I was discovering another environment, one I had to pay attention to, and new sensations that little by little found their place in my canvases.

    After so many journeys and changes, I felt the need to put down roots, to commit to my work and to contribute to the life of the territory, while keeping room for creation.

    It happened over time, through ordinary days, friendships and the habits that settle in.

    I had not planned to come to Wallis. It took an advert and some withdrawals to make this departure possible. Then came the discovery of the island and the encounters that helped me move forward.

    This territory whose existence I had never suspected became the place of a new stage in my life, the one where I began to rebuild myself and where, perhaps, I will end my days.

Pierre Gino assis au bord d'un lac, entre les arbres
Au bord du lacBy the lake
Pierre Gino au chapeau blanc, appuyé sur du bois flotté
Bois flottéDriftwood
Pierre Gino au volant, sur la route
Sur la routeOn the road

Mes côtés sombresMy darker side

Les blessures invisibles de l'enfanceThe invisible wounds of childhood

Ce chapitre est plus intime que les autres. J'y parle de mon enfance, de la violence et de l'alcool, mais aussi de mon père et de ce qui m'a permis de me construire. Je le partage avec ceux qui souhaitent mieux me connaître ; il est protégé par un code d'accès.This chapter is more personal than the others. In it I talk about my childhood, about violence and alcohol, but also about my father and what helped me build myself. I share it with those who wish to know me better; it is protected by an access code.

Ce chapitre ne peut pas être imprimé.This chapter cannot be printed.

ActualitésNews

Carnet de routeTravel notes

Les cascades d'Imouzzer, huile sur toile de Pierre Gino

Voyage · MarocTravel · Morocco

Les cascades d'ImouzzerThe Imouzzer waterfalls

Suite à la visite de mon ami Nicolas, nous avons décidé d'aller découvrir les cascades d'Imouzzer, dans l'Atlas marocain. Cette toile est née de ce souvenir : l'eau qui dévale les rochers, la mousse et la lumière.When my friend Nicolas came to visit, we set off to discover the Imouzzer waterfalls in Morocco's Atlas mountains. This canvas was born from that memory: water tumbling over the rocks, the moss and the light.

Ève, femme en robe blanche sur fond bleu

AtelierStudio

Nouvelles toiles en coursNew canvases underway

La galerie s'enrichit régulièrement. De nouvelles œuvres, figures et paysages, arrivent bientôt.The gallery grows regularly. New works, figures and landscapes, are on their way.

Îlot de Wallis, plage et lagon turquoise

Inspiration

Europe, Afrique, OcéanieEurope, Africa, Oceania

Des paysages et des cultures qui nourrissent chaque geste sur la toile, des collines de Toscane aux îlots de Wallis.Landscapes and cultures that feed every gesture on the canvas, from the hills of Tuscany to the islets of Wallis.

Livre d'orGuestbook

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